Les Systèmes Locaux de Nourriture
Une forme innovante et efficace de mobilisation des territoires

Qu'entend-on par "Systèmes Locaux de Nourriture"?

Les Systèmes Locaux de Nourriture sont une façon novatrice et efficace de considérer la production et la consommation durables de notre nourriture.
On trouvera ci-dessous des réponses à quelques unes des questions les plus fréquemment posées.

Ces réponses sont extraites du livre "Made in local. Emploi, croissance, durabilité: et si la solution était locale?" de Raphaël Souchier, paru chez Eyrolles, Paris, en septembre 2013.

Une approche plus complète de cette question, ainsi que des références utiles sont disponibles dans cet ouvrage.

Les Systèmes Locaux de Nourriture, des stratégies territoriales ?

A l’image du « terroir », cette notion tient à la fois compte de la géographie naturelle (sols, végétation) et humaine (activités, habitat).

« Les politiques de production agricole doivent être repensées à l’échelle des territoires pour permettre d’atteindre un niveau optimal de qualité et de sécurité alimentaires. Mais aussi pour préserver la santé, la diversité et les ressources et faire que le système de nourriture de chaque territoire devienne plus autonome et résilient. Cette approche est fondée sur la mobilisation des professionnels et des décideurs publics, mais aussi de la population, autour d’un projet de (…) bassin de nourriture par analogie avec les notions de bassin de vie ou de bassin-versant. » (p. 102)


Système Local de Nourriture: quelle est la taille idéale ?

« La taille d’un bassin de nourriture correspond à la distance géographique que la nourriture parcourt pour aller du lieu où elle a été cultivée jusqu’à la table de celui qui la mange.
« Cela peut englober la ferme, le jardin ou la serre, les ateliers ou usines de transformation, les centres de distribution, les restaurants, les magasins de détail et les marchés de producteurs. Connaître la dimension d’un bassin de nourriture peut aider à faire des choix plus soutenables lors de l’achat des aliments. Pour rendre soutenable un système local de nourriture, on cherchera à faire qu’il ne dépasse pas un rayon de 150 km ; ceci afin de réduire la consommation d’énergie et la pollution, tout en favorisant l’économie locale. »(p. 120)

La taille du Système local de Nourriture varie donc selon les contextes. C’est à la fois une question de bon sens, de prise en compte des réalités et traditions locales, d’évaluation des impacts sociaux et écologiques des activités et de décision concertée des acteurs.

Les Systèmes Locaux de Nourriture, une question de relations ?

« Outre la commercialisation des produits de la ferme, il s’agit d’établir des relations nouvelles qui amènent tous les acteurs à se considérer comme des partenaires solidaires d’un système local vivant, d’une « communauté de la nourriture », selon la belle expression de Slow Food. Les réseaux de petites entreprises sont intégrés dans des relations sociales fondées sur des normes et des valeurs partagées. Ils apportent des informations, facilitent la diffusion des innovations et l’accès au capital.
La réussite d’un système local de nourriture dépend, pour une bonne part, de la qualité et de la pérennité des liens entre paysans, acheteurs locaux, distributeurs indépendants, investisseurs, services économiques locaux et régionaux, universitaires et institutions. » (p. 107)

Comment naît (ou renaît) un Système local de Nourriture ?

« Il n’existe pas de recette miracle pour revitaliser une communauté locale et son économie alimentaire. Mais plus les projets fleurissent, plus le tissu d’initiatives se densifie et se diversifie, plus le cercle vertueux du système local de nourriture se renforce, et avec lui la résilience du territoire. Souvent lancée par quelques visionnaires, cette dynamique va de pair avec une évolution des mentalités, passant de la peur de la rareté à une culture de l’abondance partagée et de la compétition individualiste à la coopération. (…) Des entrepreneurs et citoyens motivés apprennent – avec patience et imagination – à coopérer pour sortir du monopole d’une industrie agroalimentaire dont le seul horizon est le profit par la surconsommation d’aliments dénaturés. Ils redonnent vie à une production plus locale, centrée sur la vitalité, la santé… et la convivialité." (p. 107)

Les Systèmes Locaux de Nourriture, tendance forte ou feu de paille ?

En Amérique du Nord, «  les systèmes locaux de nourriture sont d’abord apparus en Californie du Nord, dans l’Oregon et l’État de Washington, où existe une tradition de marchés alimentaires locaux et bio. Les régions urbaines sont, elles aussi, particulièrement sensibles à ce thème et cherchent à développer l’agriculture urbaine pour réduire leur très faible autosuffisance alimentaire. Le mouvement s’étend.
Comment en serait-il autrement alors que convergent les problèmes de santé publique et les destructions environnementales produits par le modèle agro-industriel, l’impossibilité pour les petits fermiers de continuer à survivre dans ce modèle, la baisse des aides publiques et la demande croissante des consommateurs pour des produits sains et locaux ?

Une nouvelle génération de fermiers ruraux ou urbains commence à produire autrement. Les systèmes locaux de nourriture ont de beaux jours devant eux. Pour autant, ils ne devraient pas, à court terme, remplacer un système agro-industriel solidement implanté au cœur des lieux de pouvoir. À plus long terme, ce modèle novateur peut pourtant compter sur deux atouts maîtres : son haut niveau de performance économique, sociale et environnementale et sa faible dépendance vis-à-vis des ressources fossiles, dont le prix ne fera que croître. » (p. 120)

Systèmes Locaux de Nourriture : comment changer d’échelle ?

« La renaissance de l’économie et de la nourriture locale est le fruit de l’initiative de quelques entrepreneurs et réseaux de personnes particulièrement clairvoyantes et dynamiques. »
Pour passer à une autre phase facilitant une synergie accrue entre toutes ces initiatives souvent spontanées et autonomes, des initiatives structurantes apparaissent progressivement.
Mais pour accomplir la mutation vers un système de nourriture réellement pérenne, d’autres étapes sont indispensables. « Gary Nabhan souligne qu’à ce jour aucun système local de nourriture n’a encore été entièrement repensé pour répondre aux trois objectifs simultanés de santé des terres, santé humaine et santé économique de la communauté locale. Pour cela, chaque système local devra évaluer puis restructurer ses atouts et ses modes de fonctionnement afin que la priorité absolue soit donnée à l’équité, à la durabilité et à la résilience.
Plusieurs initiatives illustrent ce passage progressif à une échelle supérieure. (..) Dans la région de la baie de San Francisco, l’initiative Roots of Change prévoit d’y parvenir d’ici 2030 (…). Le réseau Neo-Food (NEO = NorthEast Ohio), appuyé par la fondation Cleveland, couvre seize comtés. (…) Il propose une stratégie pour accroître de 25 % la part locale des activités liées à la nourriture. (…) Le mouvement Transition Colorado veut atteindre 25 % de nourriture cultivée, produite et vendue localement dans le comté de Boulder en dix ans. (…) »(Voir détail pp. 121 & 122)

« Ces projets pionniers sont appelés à prendre de l’ampleur et à essaimer ; ils préfigurent les éco-systèmes de nourriture de demain."(p. 122)

Systèmes Locaux de Nourriture: quelles sont les clés du succès?


On l'a vu ci-dessus, une forte motivation et la volonté de coopérer des différents partenaires sur un territoire sont essentiels.

Il importe aussi de fixer des objectifs à la fois ambitieux et réalistes, et de mesurer en permanence les progrès réalisés. Cependant, « localiser l’économie de la nourriture n’est pas qu’une question de chiffres. C’est aussi étroitement lié à la qualité des démarches entrepreneuriales (…)»(p. 122)

Enfin, pour tous ces pionniers, il a fallu innover, prendre confiance dans la capacité d'action concertée des acteurs de leur territoire et apprendre à « se libérer de l’emprise de l’approche de l’agro-industrie et de la pêche productiviste – qui ne visent que l’efficacité et le rendement à court terme, sans se préoccuper de l’impact de leur activité sur l’environnement humain et naturel – et accompagner la renaissance de systèmes vivants complexes. Quand ils nouent, à plus grande échelle, des alliances avec d’autres acteurs, ils s’attachent à respecter, dans les prises de décision, à la fois leur vision commune et la primauté du local, plus proche et concerné par les réalités. »(p. 130)